De l’Eugénisme au transhumanisme
Questionnements ?
Plan
Partie I : L’eugénisme : vers une disparition ?
Définition de l’eugénisme
LES Origines : l’Antiquité
LES Origines : le moyen âge
LES Origines : La renaissance
Les origines : le rôle des médecins
La théorisation (1)
La théorisation (2)
Les premières législations (1)
Les premières législations (2)
Les premières législations (3)
L’eugénisme moderne de la seconde guerre mondiale
L’eugénisme moderne de la seconde guerre mondiale
La politique eugéniste hitlérienne soutenue par les médecins
Lebens Born : eugénisme positif
Euthanasie eugéniste
Le cas de la Suède
Le cas du Japon
Le cas du Japon
Le cas du Japon
Partie II : La reproduction du handicap
Questionnements actuels ?
Les conditions de l’Interruption médicale de grossesse
Un eugénisme moderne avec l’AMP ?
Jusqu’où trier les embryons ?
Le QALYS
Le QALYs
Le para-eugénisme et la liberté individuelle
Le droit à la procréation des personnes handicapées
Loi du 4 juillet 2001
La procédure de la stérilisation sur les personnes protégées
La procédure de la stérilisation sur les personnes protégées
La pratique en Irlande
La pratique en Angleterre
Partie III : L’homme augmenté est-il un devoir envers l’humanité ?
Questionnements actuels
Transhumanisme et robotique
Entre naturel et artificiel… de nouveaux médicaments ?
Plan
Quelles protection pour le patrimoine de l’humanité ?
Article 1er de la déclaration universelle sur le génome et les droits de l’homme
Rapport du Comité International de Bioéthique sur la mise à jour de sa réflexion sur le génome humain et les droits de l’homme
Recommandations finales : le risque
Recommandations finales : les propositions
Recommandations finales : les propositions
CCNE, avis n°125, 9 mars 2017, Biodiversité et santé : nouvelles relations de l’humanité avec le vivant ?
CCNE, avis n°138, 20 mai 2021, L’eugénisme : de quoi parle-t-on ?
Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques
Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques
Quelles limites pour l’évolution de la science médicale ?
CCNE, avis n°138, L’eugénisme : de quoi parle-t-on ?, 20 mai 2021
La déclaration transhumaniste
Olivier Rey, mathématicien, philosophe
Définition
Quel est l’objet du progrès ?
Un nouvel eugénisme ?
Pierre-Jérôme DELAGE MCF à Caen
Fondements juridiques de la protection
Jacques TesTART
La biologie est soluble dans le temps…
Les avancées du transhumanisme sont insidieuses…
Jacques Testart et la menace contre l'humanité (entretien publié dans le devoir, 23 mai 2018)
Jacques Testart et la menace contre l'humanité (entretien publié dans le devoir, 23 mai 2018)
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1. De l’Eugénisme au transhumanisme

THEME 3
Cours de Bioéthique
Guylène NICOLAS
PASS mineure Sciences sanitaire et sociale
Année 2025/2026
1

2. Questionnements ?

Le droit à la procréation implique-t-il la maîtrise
de la « qualité » de sa descendance ?
Les droits sur le corps implique-t-il la maîtrise de
la « qualité » de sa vie ?
Le droit au soin comprend-il l’amélioration de
l’humanité ?
2

3. Plan

1
L’eugénisme : vers une disparition ?
2
3
La reproduction du handicap
L’homme augmenté est-il un devoir envers l’humanité ?
3

4. Partie I : L’eugénisme : vers une disparition ?

Francis GALTON
4

5. Définition de l’eugénisme

Etymologie : Association de deux mots grecs :
« eu » étant un préfixe signifiant bien ou bon
« genos » qui signifie la naissance, genre ou race
secret de la bonne naissance
Francis Bacon :
1883 : physiologiste britannique qui le définit :
la « science de l’amélioration de la race qui ne se
borne nullement aux questions d’unions judicieuses
mais qui, particulièrement dans le cas de l’homme,
s’occupe de toutes les influences susceptibles de
donner aux races les mieux douées un plus grand
nombre de chances de prévaloir sur les races les
moins bonnes ».
5

6. LES Origines : l’Antiquité

Eugénisme négatif à Sparte :
les nourrissons mal formés étaient précipités
dans l’Eurotas
la Reine babylonienne Sémiramis faisait
émasculer les jeunes garçons “contrefaits”
Eugénisme positif :
Favoriser la reproduction de l’élite
Platon, Livre V de la République
« rendre les rapports très fréquents entre les
hommes et les femmes d’élite, et très rares, au
contraire, entre les sujets inférieurs de l’un et
l’autre sexe, (…) il faut élever les enfants des
premiers et non ceux des seconds, si l’on veut que
le troupeau atteigne à la plus haute perfection »
Aristote préconisait de ne pas nourrit les
enfants difformes
6

7. LES Origines : le moyen âge

Avec l’évangélisation,
l’élimination des enfants
indésirables disparaît, au moins
officiellement, jusqu’à la
Renaissance.
1556 : édit d’Henri II
oblige a faire la déclaration de
grossesse auprès des pouvoirs publics
de façon à combattre l’infanticide et
l’avortement
7

8. LES Origines : La renaissance

La Renaissance est la période de
traduction des auteurs antiques
(La République de Platon)
Rabelais ou Montaigne se
prononcent en faveur des
individus les plus doués
Rabelais pour la
bonne
éducation de
Gargantua
Science sans conscience n’est
que ruine de l’âme
8

9. Les origines : le rôle des médecins

Au XIXème siècle, de nombreux médecins
(Millot, Devay, Rey…) avaient esquissé un
projet d’amélioration de l’espèce humaine
Ils constataient simplement des ressemblances
entre les générations et en tiraient des
conséquences pratiques
9

10. La théorisation (1)

Charles DARWIN
Prémices du raisonnement eugéniste
l’évolution des espèces se fait par la sélection
naturelle
Gregor MENDEL
Découvre les règles qui président à la
transmission des caractères héréditaires
Francis GALTON, père de l’eugénisme
Les éleveurs, en pratiquant la sélection
artificielle chez les animaux, obtiennent de très
bons résultats sa thèse est donc d’appliquer
la même politique à la race humaine
10

11.

11

12. La théorisation (2)

Déterminisme
génétique > milieu
social et culturel
Les eugénistes du début du XXème
siècle :
Georges Vacher de Lapouge
Nombreux prix nobel de médecine
dont
Charles Richet (prix Nobel 1913)
Francis Crick (prix Nobel 1962)
découvreur de la double hélice d’ADN
avec James Watson (grâce à Rosalind
Franklin)
Il a affirmé qu’aucun enfant nouveauné ne devrait être reconnu comme
humain « avant d’avoir passé un certain
nombre de tests portant sur sa dotation
génétique. S’il ne réussit pas ces tests,
il perd son droit à la vie »
12

13. Les premières législations (1)

1905, l’Indiana promulgua une loi interdisant
tout mariage aux déficients mentaux, aux
personnes affectées de maladies
transmissible et aux ivrognes invétérés
En 1914, une trentaine d’Etats d’Amérique
avaient promulgué de nouvelles lois sur le
mariage ou amendé d’anciennes lois
Trois quarts d’entre elles déclaraient nul le
mariage des idiots et des malades mentaux
Les autres prononçaient des restrictions au
mariage entre personnes anormales de divers
types tels que les arriérés mentaux ou les
individus atteints de maladies vénériennes
13

14. Les premières législations (2)

Voir le
film
Golden
Gate
(2006)
1924 : le Congrès américain adopta
l’Immigration restriction Act qui instaurait
un filtrage des immigrants car les eugénistes
américains avaient démontré que le quotient
intellectuel des Américains du Nord était
supérieur à ceux du Sud
loi suédoise du 17 juin 1938 préconise
France et
l’avortement quand on est certain que le
RU font
père de l’enfant peut transmettre des
exception
maladies mentales comme l’idiotie ou les
malformations physiques
La Suisse prévoit en 1932 que l’avortement
n’est pas punissable s’il est pratiqué sur une
personne atteinte d’une maladie mentale
14

15. Les premières législations (3)

1907: l’État de l’Indiana promulgua une loi
permettant la stérilisation des criminels
incorrigibles et des aliénés
De 1907 à 1940, trente-trois Etats des EtatsUnis ont pris de telles mesures sur la stérilisation
En 1925, dans l’arrêt Buck v. Bell de la Cour
suprême des Etats-Unis a même reconnu la
constitutionnalité de ces mesures
Dans cet arrêt, le juge Holmes écrivait :
« Il est préférable pour tout l’univers que, plutôt que
d’attendre de devoir exécuter une descendance
dégénérée pour crime, ou la laisser souffrir de famine
étant donné son imbécillité, la société puisse empêcher
ceux qui sont manifestement inaptes de perpétuer leurs
semblables »
15

16. L’eugénisme moderne de la seconde guerre mondiale

En Allemagne, 14 juillet 1933, fut promulguée
la loi sur la prévention de la transmission des
maladies héréditaires
article 1er : « toute personne héréditairement
malade doit être rendue incapable de procréer si,
d’après les données de la science médicale, on peut
s’attendre avec une forte probabilité à ce que ses
descendants soient atteints d’une tare héréditaire
physique ou mentale grave »
350 000 à 400 000 le nombre de personnes stérilisées de
1933 à 1939
loi de 1935 amendant 1933 en autorisant l’avortement
jusqu’à six mois pour les femmes dont la stérilisation a
été décidée, décret secret de 1940 instituant un
avortement eugénique forcé pour les femmes «
inférieures » ou dont la descendance apparaît comme
eugénétiquement indésirable
16

17. L’eugénisme moderne de la seconde guerre mondiale

Après les stérilisations, l’eugénisme négatif
s’est aggravé avec le passage de la
ségrégation à l’extermination
Sur le fondement d’un décret d’Hitler du
1er septembre 1939 furent “euthanasiés” tous
les aliénés internés dans les hôpitaux
psychiatriques
puis à la solution finale
Le 20 janvier 1942 fut prise la décision
d’exterminer systématiquement les juifs, les
tziganes et les slaves…
69% des médecins
rattachés au parti
nazi
17

18. La politique eugéniste hitlérienne soutenue par les médecins

1% de la population
allemande de 16 à
45 ans stérilisée de
1933 à 1945
Ces théories étaient largement acceptées par les
milieux scientifiques
avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir
La mise en œuvre de ces lois s’appuyait à tous les
échelons sur la participation active des médecins
96% des 400 000 personnes stérilisées entre le 10 janvier
1934 et 1945 l’ont été à la suite d’un diagnostic neuropsychiatrique
Procédure :
détection lors de visite médicale prénuptiale ou par les hôpitaux
ou institutions ou encore lors de visite médicale pour l’armée
signalement obligatoire
verdict d’un des 205 tribunaux de santé héréditaire
un juge et deux médecins ; 3 à 15 minutes de délibération
stérilisation pratiquées dans un des 144 hôpitaux agréés.
18

19. Lebens Born : eugénisme positif

L’eugénisme positif consistait
à faire se reproduire des
couples sélectionnés et placés
sous contrôle médical, au sein
d’une organisation étatique,
les Lebensborn
Fontaine de vie
Les enfants étaient
rapidement enlevés à leur
mère pour être élevés par
l’État
19

20. Euthanasie eugéniste

l’Allemagne nazie pratiquait aussi massivement
l’euthanasie
Cette dernière ne faisant pas l’objet d’un aussi large
consensus.
Quelques exemples d’euthanasie qui furent
menés :
Sur les enfants
trois médecins-pédiatres eurent les pleins pouvoirs pour
décider, sur dossier, du sort des enfants handicapés
trente prétendus centres pédiatriques firent 5000 à 6000
victimes entre 1939 et 1945
Sur les adultes
L’euthanasie sauvage à la discrétion de chaque asile pour
se débarrasser des non thérapeutisables
surdose médicamenteuse ou abandon volontaire sans
chauffage ni nourriture
20

21. Le cas de la Suède

La Suède a reconnu récemment son passé eugénique.
Le Ministre suédois de la culture, de
l’enseignement supérieur et de la recherche a
commandé une étude sur les dizaines de milliers de
personnes stérilisées en Suède.
Entre 1935 et 1975 : 63000 femmes ont été stérilisées
afin de créer une « race suédoise »
Des personnes handicapées, épileptiques ou ayant des
problèmes sociaux ont subi de force une stérilisation
parfois en contrepartie d’une sorite d’hôpital ou d’une
autorisation de mariage
Cette pratique eugéniste n’a été abolie qu’en 1976
En 1999, le gouvernement a accepté pour la
première fois d’indemniser les victimes de
stérilisation forcées, jusqu’à 19000 euros par
personne…
21

22. Le cas du Japon

Le Japon a mis en place un programme de
stérilisation forcé de 1948 à 1996
La loi de protection eugénique avait été introduite « pour
éviter les naissances de personnes handicapées et pour
protéger la santé maternelle ».
25 000 personnes stérilisées, certaines sans consentement
24 avril 2019 : le Japon a voté une loi pour
indemniser ces victimes par l’Etat à la hauteur de
3,2 millions de yens par personne (28 700 dollars)
Une vingtaine de victime ont attaqué l’Etat devant
la justice jugeant le montant insuffisant
Demande d’une indemnisation de 71,5 millions de yens
(653 100 dollars) refus de la justice
22

23. Le cas du Japon

En avril 2019, certains médecins de la Japanese
Medical Science Federation ont été chargé
d’auditionner des chercheurs dans le domaine de
la psychiatrie, de l’obstétrique et de la
gynécologie ainsi que des personnes handicapées
Dans son rapport, la fédération juge que les
professionnels de la santé impliqués dans ces
stérilisations forcées étaient animés d’un faux
sentiment de mission, croyant souvent, à tort,
que ces procédures étaient nécessaires dans
l’intérêt général, en raison de l’existence de la
loi de protection eugénique.
23

24. Le cas du Japon

« Il est de notre responsabilité de nous assurer
que cela ne se reproduira plus jamais », a
déclaré Morito Monden, le président de la
fédération.
la communauté médicale doit présenter des
excuses
La fédération a également proposé la création
d’un organe comprenant de nombreuses sociétés
médicales afin d’examiner les questions éthiques
concernant les diagnostics prénataux, l’édition
du génome et d’autres sujets potentiellement
étroitement liés à l’eugénisme .
24

25. Partie II : La reproduction du handicap

25

26. Questionnements actuels ?

L’eugénisme négatif existe-t-il ?
la sélection des naissances et l’élimination anténatale
de certains enfants à naître est bel et bien massive
en cas de repérage de certaines pathologies.
Faut-il encourager l’eugénisme positif ?
neurosciences, intelligence artificielle, robotique,
séquençage de l’ADN le transhumanisme/
posthumanisme apparaît de façon récurrente dans
l’actualité
Les gènes sont de la partie, mais pas seulement. Il est
aussi question de prothèses, d’implants, et de
confluence, via les nanotechnologies, de la biologie,
de l’informatique et des sciences cognitives, afin non
seulement d’extraire de l’humain le maximum de ce
qu’il est possible d’en tirer, mais d’en dépasser
toutes les limites
26

27. Les conditions de l’Interruption médicale de grossesse

1,5% de refus
d’IMG sur
6000/an
article L. 2213-1 csp:
« L'interruption volontaire d'une grossesse peut, à toute
époque, être pratiquée si deux médecins membres d'une
équipe pluridisciplinaire attestent, après que cette équipe a
rendu son avis consultatif, soit que la poursuite de la grossesse
met en péril grave la santé de la femme, soit qu'il existe une
forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une
affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable
au moment du diagnostic »
Un exemple d’application : en 2008 refus d’une IMG pour un fœtus
féminin privé d’avant-bras Le corps médical estime que l'agénésie
constitue une anomalie foetale "intermédiaire" ne permettant pas de
décider du bien-fondé d'une IMG.
TA Nancy, fev 2011 : rejet de la demande des parents en indemnisation
CAA Nancy, janv 2012: confirme le jugement
27

28. Un eugénisme moderne avec l’AMP ?

Pour René Frydman, il ne s’agit pas
d’eugénisme mais un effet
dysgénique
Le diagnostic prénatal et le
diagnostic préimplantatoire, qui
visent à prévenir la naissance
d’enfants anormaux, favorisent la
dissémination de gènes délétères
« La naissance d’enfants
atteints est limitée, mais
le gène voit sa fréquence
augmentée »
Les couples à risques ne se seraient
pas reproduits sans assistance
médicale par crainte d’avoir un enfant
malformé
Or, dans deux cas sur trois, l’enfant
naît indemne mais porteur du gène
délétère conduit ces enfants à se
reproduire par AMP ?
28

29. Jusqu’où trier les embryons ?

DPN/DPI : la sélection se fait
sur des critères de gravité
" Par humanité, nous
épargnons la souffrance. C’est
une motivation humaniste,
compassionnelle, louable
même, car on affranchit les
familles du poids du malheur".
Cas de la trisomie 21 : 96 % des
couples ne mènent pas à termes
la grossesse
Le Comité consultatif national
d’éthique a rendu, le 17
novembre 2009, un avis (n°107)
sur le diagnostic prénatal (DPN)
et le diagnostic préimplantatoire
(DPI) recommandant d’étendre
le dépistage de la trisomie 21
Pierre Le Coz, Philosophe, Membre du CCNE
29

30. Le QALYS

Q : Quality
A : ajusted
L : Life
Y : years
La chorée de Huntington n’apparaît que vers
trente ou quarante ans mais conduit
inexorablement à la mort dans un état de démence
sévère.
Comment apprécier la valeur de ces quelques années de
vie face à une mort embryonnaire ?
Les Américains ont mis en place un indicateur
permettant d’établir un arbitrage entre la survie
et la qualité de cette survie
Matrice inventée en 1982 par Kind
« associe des états de santé définis par la combinaison
d’une échelle d’incapacité physique et d’une échelle de
détresse psychologique, avec pondération “subjective”
(sur un gradient de 0 “situation pire que la mort” à 1
“l’état de parfaite santé”) de la valeur (utilité)
accordée à des individus à chacun de ces états »
30

31. Le QALYs

Suivant cette mesure, la qualité de vie d’une
personne ne pouvant se déplacer qu’avec
une assistance et souffrant de troubles
psychologiques bénins est estimée à 84,5 %
d’une année de vie en parfaite santé
Cette mesure reste cependant très aléatoire
puisque le gain d’une année supplémentaire de
vie à une valeur très différente d’un individu à
l’autre
Cet instrument entraîne systématiquement
une discrimination contre les plus vieux et
les plus faibles dont la vie représente
moins de valeur pour la société
Qaly n’est pas utilisé en France
31

32. Le para-eugénisme et la liberté individuelle

Il ne s’agit pas d’eugénisme tant que les couples restent
libres de la décision de poursuivre la grossesse
Le rôle du législateur est de veiller à ce que cette volonté
individuelle ne glisse pas vers un para-eugénisme.
Il est nécessaire de maintenir d’importantes limites d’accès
au diagnostic préimplantatoire et à l’interruption
volontaire de grossesse pour que la sélection des embryons
ne devienne pas une question de convenance orchestrée
par l’État.
Pour Jean-François Mattei
: la dérive vers l’eugénisme
tiendrait à l’abandon de quatre critères :
le critère de gravité
le critère d’incurabilité
la certitude diagnostique (puisque la grossesse est
généralement abandonnée sur la seule notion de risque)
le critère de l’enfant
Ce sont des critères très subjectifs, dont l’appréciation est laissée
aux médecins
32

33. Le droit à la procréation des personnes handicapées

La stérilisation volontaire a été interdite en
France de façon constante pendant un siècle
car elle était jugée comme une atteinte à
l’intégrité du corps humain
Scandale de 1997
l’hebdomadaire Charlie hebdo a révélé que près
de 15 000 femmes avaient subi une stérilisation
forcée du fait de leur handicap
Le secrétariat d’État à la santé a commandé un
rapport à l’inspection générale des affaires
sociales qui a été rendu public en octobre 1998
ccl : une stérilisation « faible mais non marginale » qui s’explique par la
difficulté d’utiliser les contraceptifs oraux comme les dispositifs intrautérins pour les femmes handicapées
33

34. Loi du 4 juillet 2001

article L. 2123-1 csp :
changement complet de
la philosophie de la stérilisation contraceptive
Il est désormais prévu que la ligature des trompes
et des canaux déférents peut être pratiquée sur une
personne majeure exprimant sa volonté libre et
délibérée
Concernant les personnes protégées :
La stérilisation ne peut être pratiquée sur une
personne majeure dont l’altération des facultés
mentales constitue un handicap et a justifié son
placement sous tutelle ou sous curatelle que lorsqu’il
existe une contre-indication médicale absolue aux
méthodes de contraception ou une impossibilité
avérée de les mettre en œuvre efficacement
34

35. La procédure de la stérilisation sur les personnes protégées

L’intervention est subordonnée à une
décision du juge des tutelles saisi par la
personne concernée, le père, la mère ou le
représentant légal de la personne concernée
Le juge se prononce après avoir entendu la
personne concernée
Si elle est apte à exprimer sa volonté, son
consentement doit être systématiquement
recherché et pris en compte après que lui a été
donnée une information adaptée à son degré de
compréhension
Il ne peut être passé outre son refus ou la
révocation de son consentement
35

36. La procédure de la stérilisation sur les personnes protégées

Afin d’éviter que la personne ne subisse des
pressions familiales ou médicales
L’avis est requis d’un comité d’experts composé
de personnes qualifiées sur le plan médical et de
représentants d’associations des personnes
handicapées.
Ce comité apprécie la justification de
l’intervention, ses risques ainsi que ses
conséquences normalement prévisibles sur
les plans physique et psychologique
36

37. La pratique en Irlande

Janvier 2020 : En Irlande, la Haute Cour a ordonné une
injection contraceptive pour une femme handicapée
physique et mentale qui avait déjà « eu deux enfants de
deux pères différents en quelques années ».
Suite au non-respect de la prise d’un contraceptif, une
injection contraceptive a été ordonnée.
Le juge Peter Kelly a requis des « garanties très claires » afin
que « dans la mesure du possible la jeune femme ne se
retrouve pas enceinte à nouveau ».
La jeune femme d’une trentaine d’années vit auprès du
même couple depuis plusieurs années.
Ceux qu’elle considère comme ses parents s’occupent d’elle et
de son aîné. Ils ont demandé la tutelle de l’enfant, « pensant
l’élever tous les trois ».
Le deuxième enfant doit être confié à l’adoption.
37

38. La pratique en Angleterre

Le 11 octobre 2019, un juge de la Cour de
protection de Londres a autorisé les médecins à
pratiquer un avortement sur une jeune femme
handicapée mentale d’une vingtaine d’années,
enceinte de 12 semaines
Bien qu’il reconnaisse que mettre un terme à sa
grossesse constitue « une interférence significative
avec l’autonomie d’une femme », il soutient que
c’est la meilleure option au vu des éléments qui
montrent que « la santé mentale de la jeune femme
est déjà affectée par cette grossesse ».
Il juge également qu’elle ne serait pas en mesure de
s’occuper de son enfant.
Une décision similaire de la Cour de protection
de Londres avait été rendue en juin 2019
Cette décision a ensuite été déboutée en appel.
38

39. Partie III : L’homme augmenté est-il un devoir envers l’humanité ?

39

40. Questionnements actuels

L’eugénisme négatif existe-t-il ?
la sélection des naissances et l’élimination anténatale
de certains enfants à naître est bel et bien massive en
cas de repérage de certaines pathologies.
Faut-il encourager l’eugénisme positif ?
neurosciences, intelligence artificielle, robotique,
séquençage de l’ADN le transhumanisme apparaît de
façon récurrente dans l’actualité
Les gènes sont de la partie, mais pas seulement. Il est
aussi question de prothèses, d’implants, et de
confluence, via les nanotechnologies, de la biologie, de
l’informatique et des sciences cognitives, afin non
seulement d’extraire de l’humain le maximum de ce
qu’il est possible d’en tirer, mais d’en dépasser toutes
les limites
40

41. Transhumanisme et robotique

Février 2017 : le parlement européen a envisagé par une
résolution « la création d’une personnalité juridique pour
les robots dotés d’intelligence artificielle »
Dans une lettre adressée à la Commission européenne le jeudi
12 avril 2018, 156 experts de l'intelligence artificielle alertent
Bruxelles sur le risque de donner un statut juridique aux
robots. Ils craignent que cette nouvelle "personnalité
électronique" n'entraîne des dérives dignes d'un film de
science-fiction.
Fin octobre 2017 : un robot humanoïde obtenait la
nationalité saoudienne
Novembre 2017 : un androïde aux traits d’un petit garçon
est devenu résident officiel de Tokyo
Que peut signifier donner la citoyenneté à des machines
électroniques intelligentes ?
Quelles conséquences pour l’humanité ?
Confusion entre l’homme et le robot ?
Faut-il défendre l’humanité ?
41

42. Entre naturel et artificiel… de nouveaux médicaments ?

Le 29 novembre 2017 dans une publication de
Nature, des chercheurs américains expliquent avoir
développé un organisme vivant qui possède à la fois
de l’ADN naturel et de l’ADN artificiel, et capable
de synthétiser de nouvelles protéines.
« Je n’appellerai pas cela une nouvelle forme de vie,
mais c’est la chose la plus proche qui ait jamais été
faite », déclare Floyd Romesberg qui a dirigé
l’expérience.
L’objectif de Romesberg n’est pas de « créer de
nouvelles formes de vie », mais d’utiliser cet alphabet
génétique élargi pour créer de nouveaux types de
protéines, pouvant elles-mêmes être utilisées comme
médicament.
Il assure que ces microorganismes semi-synthétiques ne
peuvent pas vivre en dehors d’un laboratoire.
42

43. Plan

1
Quelles protections pour le
patrimoine de l’humanité ?
2
Quelles limites pour l’évolution
de la science médicale ?
43

44. Quelles protection pour le patrimoine de l’humanité ?

1
44

45. Article 1er de la déclaration universelle sur le génome et les droits de l’homme

« Le génome humain sous-tend l'unité
fondamentale de tous les membres de la famille
humaine, ainsi que la reconnaissance de leur
dignité intrinsèque et de leur diversité. Dans un
sens symbolique, il est le patrimoine de
l'humanité »
Pas de force contraignante
Pas de reconnaissance en droit interne
Cf JP CC 1994
45

46. Rapport du Comité International de Bioéthique sur la mise à jour de sa réflexion sur le génome humain et les droits de l’homme

Pour répondre aux rapides avancées de la
génétique et de la génomique* et dans le
cadre de son programme de travail pour 20142015, le Comité international de bioéthique
(CIB) a décidé d’actualiser sa réflexion sur la
question du génome humain et des droits de l'homme
Rapport du 2 octobre 2015
* Cartographie des gènes
46

47. Recommandations finales : le risque

Responsabilité globale qui doit être respectée non seulement par les États et
les gouvernements, mais aussi par la communauté internationale dans son
ensemble
« Il importe de souligner le risque que ce soit le marché, aussi
global que la science, qui déterminera quelles sont les possibilités
méritant d’être réalisées et qui tracera la ligne entre ce qui est
acceptable et ce qui ne l’est pas. Les principes éthiques doivent
toujours guider les interventions diagnostiques ou thérapeutiques de
la génétique ».
Les Etats et les gouvernements, en particulier quand il
s’agit de l'ingénierie du génome humain souhaitant
transmettre des modifications génétiques aux générations
futures, devraient renoncer à la possibilité d’avancer tout
seul avec leur propre système juridique
partager des standards et des réglementations à l'échelle mondiale
parmi lesquelles : « la solidarité et la coopération ; la responsabilité
sociale pour la santé ; le partage des bienfaits ; la protection des
générations futures ; la protection de l'environnement, de la
biosphère et de la biodiversité ».
47

48. Recommandations finales : les propositions

Le CIB propose d'appliquer la méthode de la plus
grande intégration possible : les procédures qui
sont éthiquement « non-controversées », à savoir
respectueuses autant que possible de différentes
sensibilités et traditions culturelles, devraient
être encouragées.
« Les bienfaits découlant des progrès de la génétique
humaine, dans la mesure où ils ont un impact sur la
protection de la santé et les soins de santé, par exemple
grâce à la médecine de précision et la médecine
personnalisée, devraient être considérés comme un droit
fondamental de tout être humain à jouir du meilleur état
de santé sans distinction, ce qui implique entre autres le
droit d'avoir accès à des soins et à des médicaments de
qualité »
Quid au-delà ?
Priorité au biobanques publiques
48

49. Recommandations finales : les propositions

Réaffirmation des droits de l’homme
« classiques » dans un cadre « modernisé »
« Le droit d'un individu à poser des choix autonomes
doit être harmonisé avec le droit de ne pas être soumis
à la discrimination ou à la stigmatisation fondée sur des
caractéristiques génétiques et le devoir de respecter
chaque être humain dans son unicité »
Conclusion :
« Nous sommes des êtres humains en raison de
l'interaction de nombreux facteurs culturels, historiques,
biologiques, qui permettent de préserver le sentiment de
notre unité fondamentale et de nourrir la richesse de
notre diversité. »
Ce qui constitue un patrimoine de l'humanité comporte le
partage à la fois des responsabilités et des bienfaits.
49

50. CCNE, avis n°125, 9 mars 2017, Biodiversité et santé : nouvelles relations de l’humanité avec le vivant ?

« En
proposant une réflexion éthique sur les relations
de l’humanité avec la biodiversité et, plus largement,
la nature, le CCNE rappelle d’abord que l’humanité fait
partie de la biodiversité. Sa position au sein de la
biodiversité et ses capacités à l’altérer rendent
nécessaire un changement des relations qu’elle tisse
avec l’ensemble du vivant. Le questionnement éthique
réside dès lors dans l’analyse des conséquences de nos
actions voire, plus fondamentalement, dans l’analyse
des causes, c’est-à-dire les modalités de nos interactions
avec les autres membres de l’humanité et l’ensemble du
vivant.
Alors que les biotechnologies de transformation du
génome sont de plus en plus performantes et aisées à
mettre en œuvre, il est essentiel de mobiliser une
éthique de responsabilité dans les domaines
scientifiques et techniques.
50

51. CCNE, avis n°138, 20 mai 2021, L’eugénisme : de quoi parle-t-on ?

Le développement extraordinaire de la génomique
offre des espoirs en matière de thérapeutiques qui
pourraient conduire à résoudre les dilemmes éthiques
de sélection en prénatal
Dépister in utero des maladies graves et pouvoir les
soigner
MAIS, ces mêmes techniques d’édition du génome, si
elles étaient utilisées sur le génome des cellules
germinales transmissibles à la descendance, laissent
entrevoir la possibilité de réactualiser l'objectif de
l’amélioration de l'espèce.
le CCNE appelle non seulement à la prudence, mais plus
fondamentalement encore à une humilité sincère
face à un très long et puissant processus évolutif de
sélection
Quelle humanité voulons nous pour
demain ?
51

52. Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques

Rapport du 29 mars 2017, Pour une intelligence
artificielle maîtrisée, utile et démystifiée
« L’intelligence artificielle représente une chance
à saisir pour nos sociétés et nos économies. La
France doit relever ce défi. Plutôt qu’une
hypothétique confrontation dans le futur entre les
hommes et les machines, qui relève d’une forme
de science-fiction catastrophiste, les rapporteurs
sont convaincus du bel avenir de la
complémentarité homme-machine. Nous allons
bien plus vers une intelligence humaine
augmentée que vers une intelligence artificielle
concurrençant l’homme. »
52

53. Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques

Rapport du 29 mars 2017, Pour une intelligence
artificielle maîtrisée, utile et démystifiée
Le rapport, à travers ses 15 propositions, se prononce
pour une intelligence artificielle maîtrisée, utile et
démystifiée :
maîtrisée, parce que ces technologies devront être les
plus sûres, les plus transparentes et les plus justes
possibles ;
utile parce qu’elles doivent, dans le respect des valeurs
humanistes, profiter à tous au terme d’un large débat
public ;
démystifiée, enfin, parce que les difficultés
d’acceptabilité sociale de l’intelligence artificielle
résultent largement de visions catastrophistes sans
fondement.
53

54. Quelles limites pour l’évolution de la science médicale ?

2
54

55. CCNE, avis n°138, L’eugénisme : de quoi parle-t-on ?, 20 mai 2021

« Eugénisme et transhumanisme ont en
commun d’interroger non seulement la
spécificité de la vie humaine et les limites de
l’intervention de l'homme sur lui-même au
risque du dévoiement de sa propre identité,
mais aussi sur les notions d’amélioration - et
donc, au cœur de la question éthique, sur la
question récurrente de la vie bonne. »
55

56. La déclaration transhumaniste

http://www.transhumanism.org/index.php/WTA/more
/148/
La Déclaration a été modifiée et adoptée lors d’un vote
des membres de la World Transhumanit Association, le 4
mars 2002 et le 1 décembre 2002.
Association fondée en 1998 par Nick Bostrom, devenue H+
(humanité plus )
Article 1:
L’avenir de l’humanité va être radicalement
transformé par la technologie. Nous envisageons la
possibilité que l’être humain puisse subir des
modifications, tel que son rajeunissement,
l’accroissement de son intelligence par des moyens
biologiques ou artificiels, la capacité de moduler son
propre état psychologique, l’abolition de la souffrance
et l’exploration de l’univers.
transcender les limites naturelles par la convergence
des nanotechnologies, des biotechnologies, des sciences
de l’informatique et sciences cognitives
Convergences GNR : génétique, nanotechnologie et robotique
56

57. Olivier Rey, mathématicien, philosophe

Olivier Rey est chercheur au CNRS. Il
est passé des mathématiques, qu’il
a enseignées à l’École
polytechnique, à la philosophie,
qu’il enseigne à l’Université Paris 1
Panthéon-Sorbonne. Membre de
l’Institut d’histoire et de philosophie
des sciences et des techniques, il a
publié en 2014 un roman, Après la
chute (Ed. G. de Roux), et un essai,
Une question de taille (Ed. Stock).
57

58. Définition

« Être transhumaniste, c’est penser à la fois désirable,
et réalisable dans un futur plus ou moins proche, par
des moyens techniques, une modification
fondamentale de la condition humaine ».
Modification si fondamentale (renforcement des
capacités déjà existantes et développement de
nouvelles facultés, effacement des infirmités, de la
souffrance, du vieillissement, de la mort) que des
humains ainsi « augmentés » ne seraient plus,
précisément, des humains, mais des êtres d’un autre
ordre.
Telle serait la mission de l’humanité : élaborer les
moyens propres à permettre l’avènement d’une posthumanité supérieure.
58

59. Quel est l’objet du progrès ?

Plutôt que de reconnaître que le pouvoir de la
technique a ses limites, et que ce n’est pas
dans son extension infinie que l’être humain
trouvera son accomplissement, certains
préfèrent cultiver l’idée que si la technique
n’a pas apporté le salut, c’est que nous n’en
sommes restés jusqu’ici qu’aux
préliminaires : le véritable objet à
transformer, désormais, c’est l’être humain luimême.
59

60. Un nouvel eugénisme ?

Avec l’eugénisme dit « libéral », dont il est aujourd’hui
question, il s’agit pour les parents d’avoir un enfant
suffisamment armé pour tenir son rang dans une société de
concurrence généralisée. Le transhumanisme s’inscrit dans
cette lignée.
Même quand il s’habille de vêtements compassionnels –
remédier aux handicaps, effacer les inégalités naturelles,
etc. –, le transhumanisme est dans son imaginaire
profondément imprégné par un esprit de rivalité exacerbée.
L’homme augmenté, c’est avant tout un homme plus
compétitif. Là où le transhumanisme se distingue de
l’eugénisme, c’est dans le choix des moyens. L’eugénisme
repose d’abord sur une sélection génétique, positive ou
négative.
Le transhumanisme entend, quant à lui, utiliser l’éventail
entier des techniques, et mise sur leur coalescence* pour
obtenir des effets totalement inédits. *La coalescence est un phénomène par lequel deux
substances identiques, mais dispersées, ont tendance à
se réunir.
60

61. Pierre-Jérôme DELAGE MCF à Caen

« H+ ». Transhumanisme, eugénisme et droit,
in Droit médical et éthique médicale : regards
contemporains. Mélanges en l’honneur de
Gérard Mémeteau, LEH Edition, 2015, vol. 1,
pp. 67-79.
61

62. Fondements juridiques de la protection

Quid de l’autodétermination ?
La dignité de la personne humaine ?
Égale dignité des hommes ?
Création de catégories de surhomme / sous-homme ?
L’indisponibilité du corps humain ?
La non discrimination ?
Qui serait discriminé ?
Faudrait-il réécrire l’article 16-13 du code civil ?
Proposition de Pierre-Jérôme Delage : « Nul ne peut
faire l’objet de discrimination en raison de ses
caractéristiques génétiques, biologiques ou
biotechnologiques. »
Avec une réécriture de l’article 225-1 cpen : « Constitue
une discrimination toute distinction opérée entre les
personnes physiques à raison […]de leur caractères
génétiques, biologiques ou biotechnologiques […]
62

63. Jacques TesTART

4e assises Technologos, les 16 et
17 septembre 2016, à Paris à
l’Ecole des Hautes études en
sciences sociales.
63

64. La biologie est soluble dans le temps…

La bioéthique est soluble dans le temps, l'espace, la
casuistique et le marché, ainsi en est-il de la recherche sur
l'embryon.
D'abord absolument interdite en France, elle y fut interdite
sauf exceptons puis autorisée sous conditions par les lois
successives de bioéthique. Ce qui semblait intangible
jusqu'en 2015, c'est l'interdit de modification génétique.
Pourtant, suite aux promesses de CRISPR-Cas9 et aux
recommandations du comité d'éthique de l’Inserm puis de
l'Académie de médecine, la « loi santé » de janvier 2016
introduisait subrepticement la possibilité de « recherches
biomédicales » sur les gamètes et l'embryon, y compris «
avant son transfert à des fins de gestation » (art 155)... Les
intérêts économiques de la compétition technologique ont
rencontré les aspirations idéologiques de maîtrise totale de
nos existences. De nouveaux ateliers se préparent pour la
fabrique de l'humain calibré.
64

65. Les avancées du transhumanisme sont insidieuses…

Les avancées du transhumanisme sont insidieuses parce
qu'il n'existe pas d'étapes claires où il faudrait s'inquiéter,
tandis que des promesses, désirables pour beaucoup,
sont largement fantasmées. Ainsi le transhumanisme
avance autant grâce à la désertion morale qu'aux désirs
de puissance.
Un seul exemple : en mai 2016, la commission des
affaires juridiques du Parlement européen a proposé la
création d'une personnalité juridique pour les robots, ce
que souhaitent les transhumanistes. Les robots seraient
désormais des « personnes électroniques »... Dans le
même mouvement, grâce aux prothèses, nanocapteurs
et connexions cerveau-ordinateur, nous ne pourrons que
devenir des « robots biologiques ».
La fabrique du post-humain arrivera quand les personnes
électroniques fusionneront avec les robots biologiques.
65

66. Jacques Testart et la menace contre l'humanité (entretien publié dans le devoir, 23 mai 2018)

« Quand on dit “gestation pour autrui”, on a
l’impression que c’est généreux, dit-il. On
nous raconte une belle histoire, alors qu’il
s’agit d’une location d’utérus. Le problème
n’est pas que ce soit salarié ou pas. C’est
plutôt que des couples d’hommes
homosexuels cherchent à s’approprier une
propriété fondamentale du féminin qui est la
grossesse. Ils la louent un peu comme s’ils
s’achetaient une prothèse. Il s’agit pour eux
de se donner la capacité de gestation qu’ils
n’ont pas en tant que mâles. »
66

67. Jacques Testart et la menace contre l'humanité (entretien publié dans le devoir, 23 mai 2018)

La conservation des ovocytes, que les entreprises américaines
remboursent souvent à leurs employées semble vouloir «
mimer une capacité qui permet à l’homme de se reproduire
jusqu’à la fin de sa vie ». Mais « dans tous les cas, il ne s’agit
pas de soigner, mais d’offrir à chacun des capacités
‘augmentées’ qui viennent modifier fondamentalement notre
conception de l’homme ».
Pour Jacques Testart, « c’est ça, le transhumanisme, (…) une
idéologie infantile qui utilise les progrès extraordinaires des
technosciences depuis quelques dizaines d’années pour faire
revivre des mythes archaïques tels que l’immortalité, la santé
pour tous, la possibilité de changer de sexe, l’intelligence
augmentée, la puissance sans limites ». Cette logique doit
conduire à l’« asexualité », au « robot sexuel » ou au « cyborg
asexué ».
67

68. Jacques Testart et la menace contre l'humanité (entretien publié dans le devoir, 23 mai 2018)

« Ce qui est nouveau dans le transhumanisme »,
explique le biologique, « c’est la violence avec
laquelle la publicité et la séduction permettent de
propager de nouvelles technologies pour lesquelles on
n’est pas du tout certain qu’il y aura un bénéfice pour
l’humanité ». Jacques Testart détecte là une forme d’«
eugénisme soft » qui du dépistage actuel de la trisomie
21 pourra conduire jusqu’à l’élimination de personnes
atteintes de « simples probabilités de cancer ». En
fait, « ce que les transhumanistes appellent ‘l’homme
augmenté’ n’est en réalité que ce que le philosophe
Jean-Michel Besnier appelle ‘l’homme diminué’. Un
homme qui se trouvera de plus en plus prisonnier
d’un carcan technologique dans lequel il aura de
moins en moins d’espace de liberté ».
68
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